« Il ne faut pas qu’on soit emportés par le déclin de la France »,
s’est alarmé un ancien directeur d’un bureau de l’internationalisation
d’une grande université québécoise, révélant en une phrase la perception anxieuse
que les Québécois ont de la France, qui ne leur est plus "la mère patrie".
Du moins, chez les moins de 35 ans, si on en croit un sondage effectué en août 2000
et dont le journaliste Antoine Robitaille rappelle l’existence.
Si le non français de la guerre en Irak avait rapproché les francophones canadiens
de leurs cousins hexagonaux, admet l’éditorialiste Jacques Nadeau,
le diagnostic actuel des francophones est que la France vit "une dépression nerveuse",
refus de la mondialisation, de l’Europe, panne du système d’intégration,
émeutes des banlieues, CPE oblige...
Bref, la France semble de moins en moins attractive,
du moins pour "l’élite culturelle" québécoise,
preuve en est le nombre d’étudiants boursiers québécois
qui choisissent de loin les Etats-Unis à la France, contrairement aux années 70.
A Antoine Robitaille, la romancière québécoise Monique Proulx
explique qu’il faut éliminer toute "attente déraisonnable vis-à-vis d’une entité
[la France] qui est ailleurs. Alors nous aussi, il faut aller ailleurs."
- Où ? questionne le journaliste.
- "Dans le reste de la francophonie et du monde, où l’intérêt pour le Québec est bien réel."
- Et la "mère patrie" ?
- "Ce n’est plus un mot qu’on peut utiliser, voyons donc! On est des adultes, on est orphelins ;
si on veut devenir un adulte à part entière,
il faut tuer notre mère - si elle ne meurt pas d’elle-même",
dit la romancière en riant.
Mais pour Christian Dufour, professeur à l’ENAP et auteur d’un court essai
à partir de regards croisés sur le Québec et la France,
le Défi français (aux éditions Septentrion), il s’agirait pour le Québec "d’aider la France".
En effet, le Québec "a une expertise précieuse pour aider ce pays à gérer
la vieille relation d’amour-haine avec le monde anglophone,
de même que le choc des identités collectives".
Le professeur analyse une France "cassante et cassable",
c’est-à-dire rigide à l’application des normes, mais ne changeant qu’en "cassant".
La présence de l’extrême gauche en France rend aussi rigide
la France contemporaine, estime Dufour.
Bref, l’Hexagone traverse une période difficile, confronté à des problèmes
"que nous sommes appelés à connaître de plus en plus",
rappelle Louise Beaudoin, ancienne déléguée générale du Québec en France
et ex-ministre des Relations internationales.
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