|
GENTILLES SORTIES D'ARCHIVES
02/12/2006 17:44
Tout s'est mis en place progressivement et inexorablement sans qu'on s'aperçoive de quoi que ce soit. Si ça ne tenait qu'à moi, je les préfère plutôt moches, prognathes, de préférence. Je sais, c'est un peu morbide. Les Anglais, en particulier, sont tous prognathes. Voyez John Cleese. Il a un charme fou. Mais Gérard trouvait qu'un italien, c'était mieux. Plus robuste. Plus rustique.
Quand Gérard était là, tout se déroulait normalement. Chacun à sa place. Et puis, Gérard a été muté et c'est là que ça a commencé. En fait, je ne sais pas ce qui m'a pris. Je crois que j'ai un peu perdu les pédales. Vous savez, Gérard partait toute la semaine. Je ne le voyais que le week-end. Ca a été un choc. Une femme seule, toute la semaine, c'est vraiment pas facile. On a besoin de chaleur, vous comprenez. Je n'ai pas tenu le coup.
Maurice (en fait, c'est Maurizio) m'a rejointe la deuxième semaine. Rien de bien grave : il se couchait à côté de moi, sans plus. Mais sa chaleur, son souffle, ça me rassurait. Je n'en ai pas parlé à Gérard. Je crois qu'il n'aurait pas apprécié. D'ailleurs, quand Gérard rentrait, tout rentrait dans l'ordre. On aurait dit qu'il le sentait.C'est au début de l'été que ça a vraiment commencé. Avec la chaleur...j'ai commencé à passer beaucoup de temps au bord de la piscine. Maurice était toujours là. Ca durait des heures. Quand le soleil donne, la proximité de l'eau, ça fait du bien. En juin, je me suis décidée à nager. Je ne sais pas ce qu'il lui pris, Maurice s'est mis à me lécher les orteils. Ca me faisait rire. On aurait dit que ça l'amusait. Après coup, je pense que j'ai eu tort de le laisser faire : Je ne me rendais pas compte. Ca s'est répété tous les jours. J'avoue que quand il me léchait, ça me faisait quelque chose. C'était très agréable. Assez sensuel, même. J'avais oublié ce genre de sensations. Quand Gérard me disait que j'étais à croquer, qu'il aurait voulu me dévorer toute crue, parcourir de ses lèvres chaque parcelle de mon corps. Voilà ce que je retrouvais. Un frémissement enfoui. Je me sentais renaître. Je crois que le parfum de ma peau l'excitait. Je me demande si c'est possible. L'été, au soleil, on dégage une odeur de musc. Enfin, je.
Il n'avait jamais fait ça auparavant. Il a dû comprendre que le retour de Gérard était définitif. Quand, Gérard a fait mine de s'asseoir sur le lit, il s'est précipité à sa place en grondant avec une agressivité que je ne lui connaissais pas. Il nous regardait alternativement, Gérard et moi. Je n'ai pas compris tout de suite. Mais on n'a pas trouvé de solution. Cette nuit-là, Gérard a dormi dans le canapé.
Le vétérinaire dit qu'il me prend pour sa compagne, qu'il y a des codes à imposer pour bien indiquer qui est le maître, surtout pour un chien de garde. Il dit que le nourrir avant de me mettre à table signifie pour lui qu'ayant la priorité, il est le maître. Il paraît aussi que l'inviter dans mon lit confirme ce rapport et fait de Gérard son rival. En somme, il n'a fait que défendre son bien. Ca me fait tout drôle d'imaginer que mon chien me prend pour sa femme. Qu'est-ce qu'on va faire, maintenant ?
Patricia G.
Juste pour le fun, et avec un brin de nostalgie, DSMoon*** (Histoire belge / 2006)
| |