LE JEU DE L'OIE
La canne blanche suit le labrador le long des réverbères
Avec la confiance aveugle des charbonniers à Noël.
Le merle noir envoie son appel par-delà le grand acacia
Sans ne jamais déchirer ses ailes sur les épines.
Un double six sur le tapis vert, j'ai dû tricher un peu avec la chance
Et la case prison est la prochaine sur le parcours.
Magali aurait pu mettre une bûche de plus dans la cheminée
Le bois ne manque pas dans les temples en ruine.
Un trois pour survoler le piège, j'ai dû tromper ma bonne fée
Avec une héroïne à la veine démoniaque.
Le geai bleu prend l'air dans l'azur, ton sur ton,
Comme le caméléon endormi sur la blouse de soie
Un deux pour finir la parade devant les majorettes
Je convoque le tambour major à la cérémonie nuptiale
Les dés sont jetés dans le sac de riz thaïlandais
Et les grues cendrées vacillent sur leurs échasses.
Au pays des toreros, le pape ravive la foi des veaux
Jean le Bon Canadien visite l'Elysée en humble Québécois
L'oie blanche trompette au Capitole, dans la rosée de Toulouse
Et le gros avion se remet d'une grippe aérospéciale à Blagnac.
Magali prend doucement les dés lisses dans la pomme de sa main,
J'aurais aimé aimer gagner cette partie de hasard, mais rien.
Pas la moindre motivation, la moindre satisfaction
Je reste le frêle hastaire qui lance sa lance et vit sa vie
Magali se moque de ma mimique, m'applaudit en riant
Elle me sait si loin d'un jeu de l'oie, et si près de sa joue.
Le hasard n'est pas un jeu, me dit-elle, arrogant celui qui le croit
Je lui réplique que je l'aime, par hasard ou non, c'est comme ça.
DSMoon*** ( MartineBoude/2006)