Un blog, c'est un peu comme une histoire belge
Plus de vingt pays européens se plaignent de Bruxelles
comme d'une nouvelle Rome impériale,
comme plus de la moitié de la planète a accès
à un n'importe quel blog en quelques minutes,
mais il n'y a plus fragile, plus sensible,
plus politiquement écartelé que la Belgique,
comme il n'y a jamais beaucoup de visiteurs sur un blog,
malgré sa fenêtre ouverte sur le monde entier.
Ainsi, des millions de mots d'amitié, d'amour parfois,
des millions d'appels au secours ou au crime,
des millions de mots dits sur la toile
vont se perdre dans le vide cosmique, dans un néant électrique,
au gré des fiches accumulées par certains
dans des tours sécuritaires ou des immeubles commerciaux,
par d'autres sur un carnet d'adresses
précieusement mis à jour selon les coups de coeur enthousiastes
selon le moment de grise solitude
ou de rayonnant optimisme qui passe, avant de passer son tour.
Ainsi, des millions d'âmes vont s'ouvrir à la boîte de Pandore
pour le meilleur et pour le pire,
espérant en voir sortir enfin quelque chose ou quelqu'un à vivre,
à aimer ou à haïr un peu aussi...
Des millons de mains vont se tendre vers un clavier magique,
vers un écran sans voile ni fumée,
des millions de têtes vont se pencher
au dessus de ce puit des vérités virtuelles, ce fond du coeur,
juste pour passer de l'autre côté, là où personne n'est invisible,
là où leur vie passe le mur de la honte,
là où l'on peut déclarer son humanité sans pudeur,
crier son besoin d'aimer sans risquer le ridicule.
Faire un signe de paix, sonner à la porte du village global,
afficher sa part de sensibilité à tous,
déchirer les voiles convenables des règles conventionnelles,
nier les règles du jeu des sept familles,
traverser les murs et les xénophobes barrières de protection,
brûler le savoir-vivre des bien-pensants,
se montrer nu, sans drap sur la poitrine,
oublier le Waziristan et les dogmes des mégalo-gourous,
juste pour faire le lien entre soi et l'universelle réalité,
celle qui n'a jamais été à la mode du jour.
Une jeune femme, un vieux garçon, une grand-mère,
un adolescent en devenir, un homme, une gamine,
chacun avec sa lettre ouverte à publier,
chacun avec sa lumière noire qui marque ses rides et ses bosses
chacun avec son infini sentiment de n'être rien sans Tout,
malgré les interdits et les attributs idiots,
chacun avec son cri à lancer par-delà les lignes bleu-horizon
et les innombrables drapeaux qui griffent le ciel,
chacun aussi avec son blog et ses quelques visiteurs d'un soir,
comme un écho du Pacifique
distillé dans une seule larme, ou en une simple goutte de rosée
aussi précieuse que la vie.
Un blog, c'est un peu comme une vie belge...
C'est une petite goutte d'eau dans l'océan,
une des gouttes sans lesquelles il n'existerait pas :)
DSMoon*** (Canette à la mer / 2006)