Dernier jour à l'heure d'hiver : Les pneus cloutés roulent pour des prunes, au gré des rues en pente, à la merci des rares bottes à clous encore en quarantaine sur l'île... Je marcherai sur des oeufs pour ne pas déranger la couvée, pour ne pas être pris en grippe... C'est le temps des coquilles Saint-Jacques grosses comme le poing, à cuire à sa main dans la poêle, doucement, les manches du chandail relevées sur les tatouages bleus d'un temps révolu... La radio diffuse des airs tropicaux, venus du Cancer ou du Capricorne nous réchauffer le coeur au rythme des palmes qui dansent au grand soleil... Ambiance de sable blond et de bikini à fouler dans un corps à corps aux sueurs capiteuses, avec la brise à fleur de peau et la chaleur du ciel sur la nuque comme un doux baiser... A l'ombre des barques endormies sur le flanc, les gamins font des chateaux en Espagne, aux confins du monde des singes élisabéthains, un oeil sur le Maroc d'en face, l'autre sur les seins nus des cousines germaines... Des hommes dépenaillés attisent la braise en silence, et les poissons chantent la faim sur la tôle rougie... Je lève un sourcil à l'appel d'une mouette qui rigole près de la baie... Les toits sont secs de toute neige et les nuages ne font que passer... Un Ram monte vers le sanctuaire avec la lenteur des troupeaux dans la savane, et rien d'autre ne bouge au dehors... Dans quelques semaines, les branches risqueront quelques feuilles et les chevaux rejoindront les grands espaces enfin dégelés... Les sources reprendront leur chemin entre les rochers mis à nu, et les jeunes femmes étrenneront leurs nouvelles jupes, découvrant à l'envie leurs jambes longues et fines... Je mets le couvert et coupe une tranche de pain en fredonnant un de mes airs favoris : "Je ne serai plus jamais fan..! "
DSMoon***
(SPring/04/01/2006)